Corpus Christi en Sevilla
Corpus Christi en Sevilla termine le premier cahier d’ Iberia. Ce morceau extraordinaire, synthèse de la Sonate, du Poème symphonique et de la Rhapsodie, se rapporte au Corpus Christi (ou Fête-Dieu), fête du Saint-Sacrement qui, soixante jours après Pâques, donne lieu à des défilés et processions, à Seville
Malicieusement, Albeniz choisit La Tarara, petite comptine qui n’a rien de catholique, comme premier thème. C’est qu’il observe avec détachement la Fête-Dieu et ses orgies religieuses, ses excès de dévotion, il s’en amuse. Ainsi la chanson enfantine est détournée, jouée avec roulements de tambours à la manière des bandas – les fanfares espagnoles qui accompagnent les défilés.
Le magnifique second thème semble évoquer une Saeta – couplet liturgique que certains fidèles chantent à pleins poumons lors des processions. Il est développé, modulé, de plus en plus lointain, estompé, jusqu‘à l‘épuisement. De petites pauses sont nécessaires entre chaque phrase, “de véritables aspirations” nous dit Albeniz, afin de reprendre son souffle. C’est que lentement la musique s‘élève, toujours plus haut, et prends son temps.
Mais soudain, retour ici-bas, La Tarara revient encore plus têtue, fébrile et agitée qu’au début. La virtuosité et l’intensité deviennent presque insoutenables. On est à la limite de la transe quand soudain tout s’arrête. La musique reste suspendue à un accord de septième diminuée. Que va-t-il se passer ?
C’est alors que la coda, stupéfiante, immobile et irréelle, fait entendre ses cloches lointaines qui vibrent dans la chaleur du matin d‘été. Était-ce un rêve ou bien la réalité ? Cette formidable expérience mystique n‘était-elle pas, au fond, qu’une vaste plaisanterie ?
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