Evocacion

Evocacion est la première des douze pièces d’ Iberia.

La version originale est dans la tonalité de La bémol mineur, elle est ici transposée en sol. Une guitare est munie d’une scordature en dans ce ton, ce qui donne, quand on joue les cordes à vide, un accord ré sol ré sol si mi. Or cet accord n’est autre que l’accord de sixte ajoutée cher aux impressionnistes, qui termine – qui signe pourrait-on dire – le premier morceau d’ Iberia et le nouveau style d’Albeniz. L’autre guitare est munie d’un accord normal. Le mélange des deux produit cette sonorité pleine et subtile à la fois, riche, profonde, ce pianissimo ma sonoro qui est l’essence de la poésie ibérienne.

Evocacion est parée de subtiles couleurs, de clairs-obscurs, de transparences. Les sons parfois étouffés, pizzicatos, harmoniques se déploient dans tous les registres de la guitare. Les cordes vibrent intensément jusque dans le quintuple pianissimo final.

C’est donc avec un morceau de poésie, une rêverie pleine de mystère qu’Isaac Albeniz ouvre le cycle Iberia. Plus qu’un prélude, c’est une promesse. Une musique qui semble faite pour illustrer ces mots de Charles Baudelaire dans le Spleen de Paris :

- Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !

Commentaires

ou ceux-là de Mallarmé

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
C’était le jour béni de ton premier baiser.
(début d’Apparition)